JE T’AIME                               Paul Éluard.

 

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues.

Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu.

Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud.

Pour la neige qui fond pour les premières fleurs.

Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas.

Je t’aime pour aimer.

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas.

 

Qui me reflete sinon toi moi-même je me vois si peu.

Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte.

Entre autrefois et aujourd’hui.

Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchie sur la paille.

Je n’ai pas pu percer le mur de mon mirroir.

Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie.

Comme on oublie.

 

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne.

Pour ta santé.

Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion.

Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas.

Tu crois être le doute et tu n’est que raison.

Tu es le grand soleil qui me monte à la tête.

Quand je suis sûr de moi.

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Amo-te por todas as damas que até então conheci

Amo-te por esta toda temporada que já vivi

Pelo cheiro da pradaria e o odor do pão morno

Pela neve que derrete para as primas flores

Pelos animais castos que o Homem não assombra

Amo-te tão só por amar

Amo-te por todas as mulheres que nunca amei.

 

O que reflete em mim, senão tu – vejo a mim tão pouco

E sem ti, nada concebo senão um extenso deserto

Entre o passado e o presente

Há todos estes mortos que ultrapassei sobre a palha

Não pude transpassar o tapume de meu espelho

Foi-me necessário aprender a vida, palavra por palavra

Como se olvida.

 

Amo-te por tua astúcia que não me é devida

Pelo teu bem-estar

Amo-te contra o que é apenas ilusório

Por este coração imortal que não detenho

Crês ser dúvida e não és que razão

És o amplo Sol que me ascende ao cérebro

Quando de mim mesmo estou seguro.

 

bonus

 

COUVRE-FEU

 

Que voulez-vous la porte était gardée

Que voulez-vous nous étions enfermés

Que voulez-vous la rue était barrée

Que voulez-vous la ville était mattée

Que voulez-vous elle était affanée

Que voulez-vous nous étions désarmés

Que voulez-vous la nuit était tombée

Que voulez-vous nous nous sommes aimés.